Ce qu’il faut retenir :
- Jeff Bezos rejette l’idée que l’IA détruira massivement les emplois et promet « plusieurs âges d’or ».
- Il dévoile Prometheus, son laboratoire d’IA valorisé 41 milliards de dollars, dédié à l’industrie et à l’ingénierie.
- Sa vision tranche avec celle de Dario Amodei (Anthropic), qui redoute un effondrement de l'emploi.
Jeff Bezos prend le contre-pied des prophètes du chômage technologique. Le fondateur d’Amazon balaie les prédictions d’une destruction massive d'emplois par l’IA et estime au contraire que la technologie ouvrira « plusieurs âges d’or ». Il en a profité pour détailler la vision de Prometheus, son nouveau laboratoire d’IA valorisé 41 milliards de dollars, destiné à transformer l’industrie et l’ingénierie.
« Ces gens ont tort » : Bezos contre le pessimisme sur l'emploi
Ceux qui tirent hâtivement la conclusion que tous les emplois vont disparaître… Je pense qu’ils ont tout simplement tort.
Quatrième fortune mondiale, Bezos répond frontalement aux mises en garde sur l'emploi : selon lui, ceux qui concluent à la disparition de tous les emplois « ont tout simplement tort ». Il anticipe même une pénurie de main-d’œuvre, l’IA créant à ses yeux davantage de postes qu’elle n’en supprime, à l’image, dit-il, de l’invention de la charrue qui a enrichi l’humanité.
Il se dit convaincu que l’IA, mais aussi l’espace et les biotechnologies, produiront « une multitude de miracles » dans la décennie à venir. Toutes ses activités, du spatial à la robotique en passant par le cloud, sont désormais liées à l’IA.
Au fond, toute la richesse de la civilisation repose sur l’invention. Il y a six mille ans, quelqu’un a inventé la charrue, et nous en avons tous tiré profit.
Prometheus, un « ingénieur général artificiel »
Première entreprise qu’il dirige depuis son départ d’Amazon en 2021, Prometheus a été lancée fin 2024 avec Vikram Bajaj, ancien de Google. La société a levé 12 milliards de dollars auprès d’investisseurs comme JPMorgan, BlackRock et Bezos lui-même.
Son ambition : bâtir un « ingénieur général artificiel », entraîné sur des données du monde réel afin de comprendre la physique, au-delà des grands modèles de langage qui sous-tendent les IA grand public actuelles. L’objectif est de raccourcir les cycles de conception et de fabrication en réduisant le prototypage physique. Pour nourrir ses systèmes en données, le duo lève jusqu’à 100 milliards de dollars via une holding destinée à prendre des participations dans des industriels. Prometheus, qui n’a pas encore dévoilé son outil, a déjà recruté des centaines d’ingénieurs, en débauchant des talents chez OpenAI, xAI et Meta.
Un optimisme que tous ne partagent pas
Cette vision est loin de faire l’unanimité dans le secteur. Dario Amodei, patron d’Anthropic, dont Amazon est actionnaire, alerte régulièrement sur le risque que l’IA balaie des pans entiers de la population active. Dans un essai publié cette semaine, il a même proposé d’augmenter l’imposition des plus-values pour financer un revenu universel, en réponse à une éventuelle « apocalypse de l'emploi ». Le débat fait écho aux signaux déjà visibles, comme les suppressions de postes annoncées par Oracle grâce à ses outils de codage, ou le constat d’ingénieurs voyant dans l’IA un assistant junior plutôt qu’un remplaçant.
Et maintenant ?
L’opposition entre Bezos et Amodei résume le grand débat de l’ère IA : âges d’or ou bouleversement brutal du travail. En misant sur une IA « physique » capable de comprendre le monde réel, Bezos parie aussi sur la prochaine frontière, alors que certains jugent les modèles de langage en plateau.
Reste l’exécution : Prometheus n’a encore rien montré, et la concurrence est rude. Le tout sur fond de rivalité persistante avec Elon Musk, dont SpaceX vise une valorisation de 1 780 milliards de dollars lors de son entrée en Bourse vendredi, quand Blue Origin, le lanceur de Bezos, accuse du retard.
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