Ce qu’il faut retenir :
- Le Pentagone a signé de nouveaux accords avec Nvidia, Microsoft, Amazon Web Services et Reflection AI pour déployer l’IA sur ses réseaux classifiés.
- Ces contrats interviennent après la rupture entre le Pentagone et Anthropic, dont le CEO Dario Amodei a refusé que Claude soit utilisé pour la surveillance de masse ou les armes autonomes.
- Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a qualifié Amodei de “fanatique idéologique” devant le Congrès, tandis que Trump a banni Anthropic de tous les contrats gouvernementaux.
Le Pentagone élargit son arsenal technologique. Le département de la Défense américain a annoncé vendredi de nouveaux accords avec Nvidia, Microsoft, Amazon Web Services (AWS) et Reflection AI pour “l’utilisation opérationnelle légale” de leurs outils et infrastructures d’intelligence artificielle. Ces contrats s’ajoutent à ceux déjà conclus avec SpaceX, OpenAI et Google, portant à sept le nombre d’accords signés.
Anthropic, du partenaire exclusif au paria
La multiplication des partenariats répond à un besoin concret : remplacer Anthropic, dont le modèle Claude était auparavant le seul déployé dans les environnements classifiés du Pentagone. Claude a été utilisé dans le cadre de la guerre contre l’Iran et de l’opération de capture du dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro.
La rupture a été brutale. Dario Amodei, CEO d’Anthropic, a conditionné la poursuite du partenariat à des garanties que ses outils ne seraient pas utilisés pour la surveillance de masse domestique ni pour des armes autonomes létales. Le Pentagone a refusé.
Fin février, à la veille du déclenchement de la guerre en Iran, le Pentagone a tenté de désigner Anthropic comme risque pour la chaîne d’approvisionnement, une mesure sans précédent contre une entreprise américaine. Donald Trump a banni Anthropic de tous les contrats gouvernementaux. Les deux parties sont désormais engagées dans des batailles judiciaires.
Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth n’a pas mâché ses mots devant le Congrès jeudi : “Anthropic est dirigé par un fanatique idéologique” qui ne devrait pas avoir “de pouvoir décisionnel sur ce que nous faisons”.
L’open source, nouvelle priorité du Pentagone
Les sept accords couvrent trois catégories : les modèles propriétaires fermés (via SpaceX, OpenAI et Google), les modèles open source (via Nvidia et Reflection AI) et l’infrastructure IA (via Microsoft et AWS).
Emil Michael, directeur technologique du Pentagone, a souligné l’importance stratégique de l’open source :
C’est un vecteur entièrement nouveau pour nous, très important parce que les modèles open source chinois ont infiltré beaucoup d’entreprises. Nous voulons une alternative américaine.
L’objectif affiché par le Pentagone est de transformer l’armée américaine en “force de combat IA-first”, capable de maintenir une supériorité décisionnelle sur tous les théâtres d’opérations.
Google signe malgré la fronde interne
Google a signé son accord avec le Pentagone lundi, malgré une lettre ouverte de plus de 560 employés adressée au CEO Sundar Pichai, l’exhortant à se retirer des discussions. Les signataires s’inquiètent que la technologie de Google puisse être utilisée de manière “inhumaine ou extrêmement nocive”.
Le précédent d’Anthropic pèse dans le débat. Le refus d’Amodei a provoqué l’exclusion de l’entreprise des contrats fédéraux, un signal clair pour les autres acteurs de la tech : la coopération avec le Pentagone n’est plus optionnelle aux yeux de l’administration Trump.
Le cas Mythos, entre confrontation et besoin
Malgré la rupture, le gouvernement américain a besoin d’Anthropic. Amodei a rencontré le mois dernier Susie Wiles, cheffe de cabinet de la Maison-Blanche, alors que Washington cherchait à accéder au modèle Mythos, dont les capacités en cybersécurité sont jugées sans équivalent.
Michael a précisé que “la question Mythos est un moment distinct de sécurité nationale”, nécessitant de s’assurer que les réseaux américains sont renforcés face aux vulnérabilités que ce modèle est capable d’identifier.
Ce qu’il faut surveiller
La bataille juridique entre Anthropic et le Pentagone pourrait créer un précédent sur les limites éthiques de l’IA militaire. La question de l’accès à Mythos reste en suspens : le gouvernement peut-il forcer une entreprise américaine à fournir un modèle qu’elle juge trop dangereux pour un usage militaire non encadré ? La réponse façonnera les relations entre la Silicon Valley et Washington pour les années à venir.
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