- La Maison-Blanche réunit banques et acteurs crypto pour débloquer la loi américaine sur la structure du marché, bloquée à cause du traitement des stablecoins et de leurs rendements.
- Les banques s’opposent aux stablecoins rémunérés, qu’elles voient comme une menace directe pour les dépôts bancaires et la stabilité du système financier.
- L’industrie crypto défend les rendements comme un progrès économique et un levier d’innovation, estimant qu’une interdiction freinerait la compétitivité des États-Unis.
La bataille autour des stablecoins entre dans une nouvelle phase politique. La Maison-Blanche s’apprête à réunir des dirigeants de grandes entreprises crypto et de banques traditionnelles pour tenter de débloquer le projet de loi sur la structure du marché des actifs numériques, actuellement enlisé au Congrès. En cause : le traitement des stablecoins et, plus précisément, la question explosive des rendements versés aux utilisateurs.
Selon plusieurs sources proches du dossier, cette réunion doit permettre d’aplanir les désaccords qui ont conduit au report du vote plus tôt ce mois-ci. Le texte, pourtant considéré comme central pour offrir un cadre clair à l’industrie crypto américaine, s’est heurté à une opposition frontale sur un point précis : faut-il autoriser ou non les stablecoins à proposer des intérêts ou des récompenses liées à leurs réserves ?
Les stablecoins et leurs rendements au cœur du blocage
Le nœud du problème réside dans la manière dont la loi encadrerait les stablecoins adossés au dollar. Certaines dispositions visent à limiter, voire interdire, les mécanismes de rendement associés à ces tokens, qu’il s’agisse d’intérêts directs ou de récompenses distribuées via des plateformes partenaires.
Pour les banques traditionnelles, la ligne rouge est claire. Autoriser des stablecoins rémunérés reviendrait, selon elles, à créer un concurrent direct aux dépôts bancaires. Dans un contexte où la pression sur les marges est déjà forte, Wall Street craint une fuite massive des dépôts vers des solutions on-chain, accessibles 24 heures sur 24 et souvent plus flexibles que les comptes classiques.
Ces arguments ont trouvé un écho auprès de plusieurs élus, y compris dans les deux camps politiques. Résultat : le texte, qui devait avancer rapidement, s’est retrouvé bloqué.
L’industrie crypto monte au créneau
De l’autre côté, les acteurs crypto défendent une vision radicalement différente. Pour eux, les rendements sur stablecoins ne sont pas un abus, mais une amélioration naturelle du produit. Les réserves qui adossent ces tokens génèrent déjà des revenus, notamment via des bons du Trésor à court terme. Ne pas en faire bénéficier les utilisateurs reviendrait, selon l’industrie, à priver le public d’un avantage économique légitime.
Les entreprises crypto estiment également que ces produits favorisent l’inclusion financière et la concurrence. Dans leur lecture, limiter les stablecoins à de simples instruments de paiement sans rendement reviendrait à figer l’innovation au profit des banques établies.
Une tentative de médiation politique
Face à cette impasse, la Maison-Blanche tente une approche plus directe. La réunion sera organisée par le conseil interne sur la politique crypto, qui regroupe notamment des représentants du Trésor, du Conseil économique national et d’autres agences fédérales. L’objectif est de faire dialoguer directement les parties prenantes afin d’identifier un compromis acceptable.
Il s’agit moins de trancher idéologiquement que de rendre le texte politiquement viable. Sans ajustement sur les stablecoins, le projet de loi risque de rester bloqué, laissant les États-Unis sans cadre clair alors même que d’autres juridictions avancent rapidement.
Un test pour l’avenir de la finance numérique américaine
Au-delà du débat technique, l’enjeu est stratégique. La manière dont les États-Unis choisiront de réguler les stablecoins déterminera en grande partie la place du pays dans la finance numérique mondiale. Trop de restrictions pourraient pousser l’innovation hors du territoire. Trop de laxisme risquerait de fragiliser le système bancaire existant, se mettant à dos des acteurs bien puissants.
Cette réunion à la Maison-Blanche ne garantit pas une percée immédiate. Mais elle montre que le sujet est désormais traité au plus haut niveau de l’État. Et surtout, elle confirme une réalité devenue difficile à ignorer : les stablecoins ne sont plus un détail technique du marché crypto. Ils sont désormais perçus comme un élément structurant, capable de redessiner l’équilibre entre banques, marchés et technologies financières.
La suite dépendra de la capacité des deux camps à accepter des concessions. Dans le cas contraire, la loi sur la structure du marché pourrait rester à l’arrêt, au moment même où la pression pour une régulation claire n’a jamais été aussi forte.