- Les U.S. Marshals enquêtent sur le détournement présumé de plus de 40 millions de dollars en cryptomonnaies saisies, impliquant John Daghita, fils d’un dirigeant d’un prestataire fédéral.
- ZachXBT affirme avoir retracé au moins 23 millions de dollars issus de portefeuilles de saisie et identifié un wallet contenant 12 540 ETH liés au suspect.
- L’affaire relance les inquiétudes sur la gestion et la sécurité des actifs crypto détenus par l’État américain, alors qu’aucune gouvernance claire ne semble en place.
Les U.S. Marshals enquêtent sur des accusations de détournement de plus de 40 millions de dollars en cryptomonnaies saisies par l’État américain, impliquant le fils d’un dirigeant d’une société sous contrat avec le gouvernement fédéral.
Selon plusieurs éléments rendus publics fin janvier, les fonds auraient été siphonnés depuis des portefeuilles officiels utilisés pour stocker des cryptos confisquées lors d’enquêtes pénales.
Un accès présumé aux portefeuilles de saisie
L’enquête a été déclenchée après les révélations du détective on-chain ZachXBT, figure bien connue de l’écosystème crypto pour ses investigations sur les fraudes et détournements. Il affirme avoir identifié John Daghita comme l’auteur présumé des faits.
John Daghita est le fils de Dean Daghita, président de CMDSS, une entreprise qui revendique sur son site fournir des services critiques au Département de la Justice et au Département de la Défense. Selon ZachXBT, au moins 23 millions de dollars en crypto ont été retracés vers des fonds issus d’environ 90 millions de dollars d’actifs numériques saisis par le gouvernement américain en 2024 et 2025.
Un point clé reste toutefois en suspens : la manière dont John Daghita aurait obtenu l’accès à ces portefeuilles. ZachXBT indique que cela n’est pas établi à ce stade, y compris le rôle éventuel de son père ou de la société CMDSS dans cette faille de sécurité.
12 540 ETH et une trace on-chain difficile à ignorer
Parmi les éléments les plus accablants figure un portefeuille contenant 12 540 ETH, soit environ 36 millions de dollars aux cours actuels, que ZachXBT attribue au suspect. L’enquêteur affirme avoir signalé l’adresse aux autorités compétentes.
Fait troublant, John Daghita aurait lui-même envoyé 0,6767 ETH à ZachXBT, un transfert que ce dernier dit vouloir rediriger vers une adresse officielle de saisie du gouvernement américain. Un geste interprété par certains comme une tentative maladroite de provocation, ou de démonstration de contrôle des fonds.
Les U.S. Marshals Service ont confirmé être au courant de l’affaire, tout en refusant de commenter davantage en raison d’investigations en cours.
Une vidéo, un “band for band” et l’erreur classique des cybercriminels
L’affaire a pris une tournure publique après la diffusion d’une vidéo issue d’un échange sur Telegram, typique des milieux cybercriminels. Dans ce type de confrontation, appelé “band for band”, deux individus tentent de prouver qui contrôle le plus de cryptomonnaies.
Dans l’enregistrement, John Daghita partage l’écran de son portefeuille Exodus affichant d’abord 2,3 millions de dollars, avant qu’un autre transfert de 6,7 millions de dollars en ETH n’apparaisse en direct. Selon ZachXBT, l’ensemble de la vidéo démontre clairement qu’il contrôle plusieurs adresses liées aux fonds volés.
Pour l’enquêteur, cette exposition publique est une erreur classique : exhiber des fonds prétendument dérobés facilite le travail des forces de l’ordre et renforce les preuves on-chain.
Une gouvernance crypto fédérale toujours fragile
Au-delà du cas individuel, l’affaire ravive une inquiétude plus large. En février 2025, des sources indiquaient déjà que les U.S. Marshals ne disposaient pas d’une vision claire et exhaustive des cryptomonnaies sous leur contrôle, au moment même où la Maison-Blanche évoquait l’idée d’une réserve nationale en crypto.
Chargée de gérer des biens saisis allant de l’immobilier aux véhicules, l’agence doit désormais faire face à une réalité plus technique : sécuriser des portefeuilles crypto représentant parfois des dizaines de millions de dollars.
Si les accusations se confirment, ce dossier pourrait devenir un précédent majeur pour la gestion des actifs numériques par l’État américain, et accélérer la mise en place de contrôles bien plus stricts.