- L’Union européenne prépare jusqu’à 93 milliards d’euros de représailles commerciales face aux menaces de Trump sur des droits de douane et son intention de contrôler le Groenland.
- Bruxelles envisage d’activer l’instrument anti-coercition, permettant de restreindre l’accès au marché européen pour certaines entreprises américaines, notamment dans le numérique.
- Les marchés réagissent déjà avec une hausse record de l’or et une baisse des actions européennes et des crypto, sur fond de craintes d’un conflit commercial et stratégique durable.
Trump veut le Groenland : l’Europe répond avec ses propres tarifs
L’Union européenne se prépare à un bras de fer commercial et stratégique d’une ampleur inédite depuis des décennies. Bruxelles et les capitales européennes planchent sur un paquet de représailles pouvant atteindre 93 milliards d’euros, en réponse aux menaces de Donald Trump d’imposer des droits de douane punitifs et à sa volonté affichée de prendre le contrôle du Groenland.
Selon plusieurs responsables européens, cette riposte pourrait combiner des tarifs ciblant massivement les exportations américaines et, fait plus rare encore, des restrictions d’accès au marché européen pour certaines entreprises américaines. L’objectif est clair : se doter d’un levier crédible avant les discussions cruciales prévues cette semaine au Forum économique mondial de Davos.
Une crise transatlantique sans précédent récent
La situation est jugée suffisamment grave pour être qualifiée de crise majeure dans les relations entre alliés occidentaux. Le plan de sanctions commerciales, initialement préparé l’an dernier puis mis en sommeil pour éviter une escalade, a été remis sur la table après que Trump a menacé d’instaurer, dès le 1er février, des droits de douane de 10 % contre le Royaume-Uni, la Norvège, la France et plusieurs pays européens ayant participé à des exercices militaires au Groenland.
En parallèle, l’Union envisage d’activer son instrument anti-coercition, un outil juridique adopté en 2023 mais jamais utilisé jusqu’ici. Celui-ci permettrait de limiter les investissements américains ou de restreindre certaines activités de services, notamment dans le numérique. Pour Paris, il s’agit d’un cas d’école de coercition économique.
Les marchés déjà sous tension
Les premières réactions des marchés n’ont pas tardé. Les contrats à terme sur les actions européennes pointaient vers une nette baisse, tandis que l’or s’est envolé vers de nouveaux records, au-delà de 4 600 dollars l’once. Ce mouvement reflète un climat d’aversion au risque, alimenté par la crainte d’un conflit commercial ouvert et d’une dégradation durable de la coopération transatlantique.
Pour les investisseurs, l’enjeu dépasse largement le commerce. Une rupture politique et militaire autour du Groenland poserait un problème existentiel pour la sécurité européenne, à un moment où le continent reste engagé sur le dossier ukrainien et dépend encore fortement de l’architecture de défense occidentale.
Entre fermeté et recherche d’une sortie de crise
Malgré la fermeté affichée, les diplomates européens insistent sur une stratégie mêlant pression et désescalade. Le message est double : l’Union dispose d’outils puissants et est prête à s’en servir, mais elle laisse aussi une fenêtre pour une solution négociée. Plusieurs États membres plaident pour éviter toute surenchère verbale avant les discussions directes avec Trump à Davos.
Côté européen, une ligne rouge est clairement tracée : la souveraineté du Groenland et du Danemark n’est pas négociable. Les responsables espèrent toutefois que la menace de représailles économiques massives suffira à provoquer un recul de Washington, ou à tout le moins à calmer le jeu.
Un test majeur pour l’autonomie stratégique européenne
Au-delà du cas du Groenland, cet épisode agit comme un révélateur. L’Union européenne se retrouve confrontée à la nécessité de défendre ses intérêts face à un allié devenu imprévisible, en assumant un rapport de force économique et politique. La capacité de Bruxelles à coordonner rapidement une réponse crédible sera scrutée de près, tant par les marchés que par les partenaires internationaux.
Dans un monde de plus en plus fragmenté, l’Europe teste ses propres limites. Et cette fois, l’enjeu ne se mesure pas seulement en milliards d’euros de droits de douane, mais en crédibilité stratégique.