- Vitalik Buterin affirme que le narratif rollup-centric ne reflète plus la réalité, car de nombreux layer 2 n’offrent pas les garanties de sécurité et de décentralisation d’Ethereum.
- Ethereum n’est plus structurellement congestionné, avec des frais bas et une hausse attendue du gas en 2026, ce qui renforce le rôle du layer 1 dans le scaling.
- Les layer 2 doivent clarifier leur positionnement, soit comme véritables extensions sécurisées d’Ethereum, soit comme réseaux spécialisés avec des compromis assumés.
Vitalik Buterin a livré un message sans détour à l’écosystème Ethereum : le narratif historique selon lequel les layer 2 seraient le principal moteur du passage à l’échelle « ne tient plus ». Une prise de position qui rebat les cartes pour de nombreux réseaux construits autour d’Ethereum et qui remet en question une décennie de discours sur le scaling.
Dans une série de messages, le cofondateur d’Ethereum explique que la feuille de route dite « rollup-centric », qui faisait des layer 2 des extensions quasi officielles du réseau principal, ne correspond plus à la réalité technique et économique actuelle.
Une promesse de décentralisation difficile à tenir pour les L2
Le premier point soulevé par Vitalik concerne la trajectoire des layer 2 eux-mêmes. Dans le modèle initial, ces réseaux devaient progressivement atteindre des niveaux élevés de décentralisation et de sécurité, tout en héritant pleinement des garanties d’Ethereum.
Dans les faits, cette évolution s’est révélée beaucoup plus lente et complexe que prévu. Plusieurs layer 2 restent dépendants de mécanismes de contrôle centralisés, comme des bridges gouvernés par multisig, ou n’ont pas encore franchi les étapes avancées de décentralisation promises.
Pour Vitalik, le constat est clair : des réseaux à haut débit connectés à Ethereum via des ponts contrôlés par quelques acteurs ne peuvent pas être considérés comme une extension directe de la sécurité d’Ethereum. Ils offrent de la capacité transactionnelle, mais pas la même garantie fondamentale.
Ethereum scale désormais par lui-même
Le deuxième élément clé de son raisonnement est l’évolution du layer 1. Contrairement à la situation de 2021 ou 2022, Ethereum n’est plus un réseau structurellement congestionné. Les frais restent bas, et les limites de gas devraient augmenter significativement en 2026.
Autrement dit, Ethereum est désormais capable de produire davantage de block space directement sur sa couche principale. Dans ce contexte, l’idée que la quasi-totalité de l’activité doit être externalisée vers des layer 2 pour que le réseau fonctionne devient moins pertinente.
Pour Buterin, « scaler Ethereum » signifie créer de grandes quantités de block space bénéficiant pleinement des garanties du réseau : validité des transactions, résistance à la censure, irréversibilité et neutralité, tant qu’Ethereum fonctionne correctement.
« Vous ne scalez pas Ethereum »
C’est sur cette base qu’il formule sa critique la plus tranchante. Créer une chaîne compatible EVM capable de traiter des milliers de transactions par seconde ne suffit pas. Si son lien avec Ethereum repose sur un bridge centralisé ou un contrôle discrétionnaire, alors il ne s’agit pas de scaling au sens strict.
Ce point vise directement certains projets qui revendiquent une contribution au passage à l’échelle d’Ethereum, tout en conservant un contrôle fort sur leur infrastructure. Selon Vitalik, ces systèmes peuvent avoir leur utilité, mais ils ne doivent pas être présentés comme une extension directe du réseau principal.
Un changement de rôle pour les layer-2
Buterin ne plaide pas pour l’abandon des layer 2. Il propose plutôt de clarifier leur rôle. À mesure qu’Ethereum scale sur le layer 1, les L2 n’ont plus vocation à agir comme des « shards officiels », mais comme des réseaux spécialisés, avec des compromis assumés.
Certains peuvent privilégier la conformité réglementaire, quitte à conserver un contrôle centralisé. D’autres peuvent se concentrer sur la confidentialité, des cas d’usage applicatifs spécifiques, des confirmations ultra-rapides ou des usages non financiers. Ces choix sont légitimes, à condition d’être clairement présentés aux utilisateurs.
Un message de maturité pour l’écosystème
Au fond, la position de Vitalik marque une étape de maturité. L’époque où toute capacité transactionnelle connectée à Ethereum était automatiquement assimilée à du scaling est révolue. Le marché devient plus exigeant sur la nature des garanties offertes.
Pour les layer 2, le message est limpide : soit ils assument pleinement les standards de décentralisation et de sécurité d’Ethereum, soit ils doivent se définir comme autre chose. Dans les deux cas, la clarté prime sur le marketing.