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L’écosystème Solana est-il vraiment centralisé ?

Solana est une blockchain lancée en mars 2020 ayant réussi à se faire un nom prestigieux au sein de l’univers crypto sur l’année 2021. À ce jour la 7ᵉ cryptomonnaie en termes de capitalisation, elle est une des blockchains les plus performantes et efficaces grâce à ses innovations technologiques. 

Son protocole de consensus Proof-of-Stake couplé au système innovant d’horodatage des transactions permettent à cette blockchain de décupler sa scalabilité, s’élevant à 65 000 transactions par seconde. La propulsion de son token SOL au centre de la scène crypto a mis en évidence certaines particularités de Solana quant à sa réelle décentralisation. 

“L’Ethereum Killer”, comment la blockchain Solana s’empare de l’écosystème crypto

Le projet Solana tend à concurrencer Ethereum, la première blockchain en termes d’usage et la deuxième plus grande valorisation du marché des crypto monnaies. L’objectif de la fondation Solana est de mettre en œuvre une blockchain qui facilite le développement d’applications du Web3 et des infrastructures de la DeFi.

La performance de sa cryptomonnaie, son écosystème DeFi et ses collections NFT ont démontré le potentiel dont dispose la blockchain Solana et son écosystème. Sa scalabilité représente son principal atout, les frais de transactions sont très faibles, 0,00025 dollar en moyenne. Contrairement à la blockchain d’Ethereum qui met en exergue les contraintes d’une faible scalabilité.

Le Proof-of-History expliqué

Son algorithme de consensus est tout particulièrement innovant, combinant le Proof-of-Stake avec un mécanisme d’horodatage appelé la Proof-of-History. La preuve d’histoire est un mécanisme d’horodatage qui améliore le temps de validation d’un bloc, ce dernier ajoute une fonction au hash, une donnée de temps cruciale pour une bonne coordination des nœuds du réseau. Les transactions sont validées une fois qu’elles ont rempli un prérequis temporel. Le PoH permet de garantir une vitesse de transaction rapide et une décentralisation plus efficace et sécurisée du réseau en le “synchronisant”.

Le Proof-of-History est donc une donnée temporelle supplémentaire (le décompte) ajoutée aux hashs, permettant une meilleure coordination des nœuds du réseau pour la validation des transactions et donc une meilleure scalabilité. Cette donnée permet aux nœuds une transmission plus efficace des preuves entre les validateurs ainsi que d’empêcher les doubles dépenses, grâce aux données temporelles fournies par ce système.

Ce mécanisme révolutionnaire offre à Solana la capacité de transformer les algorithmes de consensus sur les blockchains. Désormais grâce au Proof-of-History une transaction n’a pas besoin de traverser l’entièreté du réseau pour trouver un validateur, car ils seront synchronisés par cette horloge cryptographique décentralisée. C’est une forme de raccourci permettant une meilleure communication entre les nœuds du réseau et donc des transactions plus rapides.

Un autre avantage est que la vérification des preuves est parallélisable, c’est-à-dire que les preuves sont découpées en plusieurs morceaux, traitées chacune par un cœur du CPU (processeur du serveur). Ce système d’horodatage intervient avant le consensus des validateurs, ce qui permet de traiter une grande quantité de données en peu de temps. Si Solana démontre ses capacités et ses ambitions, la critique de sa centralisation et de sa dépendance avec sa Fondation peut entraver son processus de développement.

La Fondation Solana, un acteur trop central dans sa blockchain ? 

La révolution technologique de la blockchain et des crypto-actifs se construit par essence dans un système décentralisé. Issues du courant crypto-anarchiste, ces innovations ont pour but d’éliminer les tiers de confiance que sont les banques, les États ou d’autres institutions centralisées, qui perdent la confiance des individus au fil de l’individualisation de la société.

La décentralisation est donc la clé de voûte de l’internet 3.0, or l’écosystème Solana soulève certaines questions quant à sa centralisation. La dépendance du réseau avec la Fondation Solana quant au protocole de validation ou encore à l’allocation des tokens sont de sérieux problèmes dans un univers crypto dont la décentralisation est le moteur.

Le coefficient de Nakamoto, est un outil de mesure de la décentralisation d’une blockchain, si celui-ci reste un outil d’évaluation approximatif, il est néanmoins un indicateur intéressant. Si une blockchain n’est pas décentralisée, alors ses validateurs pourraient corrompre le processus et effectuer une attaque du réseau, la décentralisation représente la convergence des intérêts individuels qui permet d’assurer la sécurité d’une blockchain. 

Si Solana atteint le score de 19 qui est paradoxalement élevé, de nombreux facteurs de centralisation sont soulevés dans certaines études. 

Les contraintes liées au protocole de validation de Solana

La critique liée à la “centralisation” du réseau Solana réside en partie dans son système de validation qui nécessite d’importantes puissances de calculs et donc un matériel au coût très élevé. Si sa chaîne de blocs est dotée d’une très bonne scalabilité, 65 000 transactions par seconde, elle représente un débit élevé qui impose des exigences matérielles. Les prix des équipements requis sont particulièrement onéreux et représentent la première forme d’inégalité. Le réseau Solana pose de nombreuses contraintes qui incitent à une centralisation du réseau et de ses validateurs.

Par exemple, Solana Labs recommande aux validateurs d’utiliser un processeur à 12 cœurs et 128 Go de RAM, dont le prix est très élevé, d’autant plus que le seuil de rentabilité lors de l’exécution d’un nœud de validation requiert un financement important en amont.

En plus des coûts de matériel et de réseau, vous devez payer des frais de vote. Ceux-ci s’élèvent à environ 1 SOL par jour (dans notre observation, ils sont actuellement d’environ 0,75 SOL par jour, mais prévoyez 1 SOL par jour). Les validateurs fonctionnent actuellement sur la version 1.7 du programme Solana depuis octobre 2021.

La réduction des frais de vote est prévue à partir de la version 1.9, mais cela ne se fera probablement pas avant le début de l’année 2022 et nous ne savons pas quelle sera l’ampleur de cette réduction.” Source Medium : Running a Solana Validators.

Calculs rapides : 1 SOL (200$) x 30,5 = 6100$ / mois, en plus du coût du matériel dépassant les 5000$ pour devenir un nœud validateur sur le réseau, on comprend facilement que devenir un nœud n’est pas à la portée de tout le monde.

La répartition des tokens SOL

Messari Research Hub est une startup qui vise à accroître la transparence dans l’univers crypto, qui est potentiellement la principale plateforme analytique de l’industrie de la cryptographie. Connue pour ses recherches à grande échelle de haute qualité basées sur l’analyse des données de transaction blockchain. Le 9 mai 2021, Messari a fourni un rapport sur la répartition initiale des tokens des blockchains publiques. 

Ce rapport démontre la forte concentration des tokens SOL par les “insiders”, ces membres de la compagnie Solana. Une forte concentration des tokens est très critiquable et peu rassurante, pourtant ce rapport publié le 9 mai 2021 n’a pas empêché au token SOL de franchir de nouveaux records et de se propulser au sein du Top 7 des crypto-actifs à la rentrée 2021. La répartition des tokens étant déterminante pour la distribution décentralisée et équitable du pouvoir sur la blockchain, le Binance Coin (BNB) est également visé par ces critiques. 

En comparaison avec deux autres importants protocoles Layer-1 tels qu’Ethereum ou Cardano, les initiés ne détiennent que 15 % et 17 % de l’offre totale. Il est évident que Solana concentre une part très importante de ses tokens au sein de l’équipe même du projet. Si ces jetons servent comme pouvoir de validation du réseau, la faible quantité de jetons alloués au public pourrait causer des problèmes de confiance quant à sa décentralisation effective. 

La décentralisation, un enjeu de performance technologique

Les problèmes techniques de la centralisation

Le réseau Solana a récemment connu une panne très importante durant 18 heures. Alors qu’une IDO (Initial DEX Offering) a subi une attaque par des robots, les validateurs se sont désynchronisés et ont causé la panne du réseau. Si la solution de Solana était de rassembler 80% des validateurs sur le réseau Discord afin de redémarrer la chaîne de blocs, cela démontre une centralisation nocive. Car si cette panne a pu être relancée grâce à un simple tchat, il est important de comprendre que la centralisation du pouvoir de validation des nœuds est le talon d’Achille du réseau. Car une telle attaque s’est déjà produite sur le réseau en décembre 2020. 

Aleph.im et les premiers pas vers la décentralisation

Aleph.im est une plateforme cloud qui permet des solutions d’indexations personnalisées. Celle-ci permet aux DEX [exchange décentralisés] sur Solana de fournir à leurs utilisateurs des données sur : l’échange de jetons, la fourniture de liquidité, les prix des jetons et le volume total de paires de trading. Elle propose une solution décentralisée qui rivaliserait avec le cloud computing traditionnel et centralisé. Acteur de la décentralisation de Solana, Aleph.im collabore avec des projets comme TheGraph (GRT), et permet d’offrir une puissance de calcul efficace et décentralisée pour gérer toute l’indexation. Ces outils permettront l’avènement d’un système décentralisé sur Solana.

Solana, une blockchain “centralisé” pourtant porteuse de projets et d’ambitions

Si la décentralisation de Solana est loin d’être effective, on constate que les projets DeFi et NFT s’y multiplient, comme le protocole Serum ou la collection DegenApe. Couplé à la communication active et efficace du PDG de Solana Labs, Anatoly Yakovenko, et aux performances de son crypto-actif, la confiance en cette blockchain ne semble pas impactée. Son écosystème croît constamment et s’appuie sur l’influence de nombreux acteurs importants de l’univers crypto. Mais cette stratégie marketing, bien qu’efficace comme nous le démontre le cours du SOL, accentue la centralisation de ce réseau autour de ses fondateurs.

Si les problématiques du réseau Solana soulèvent des questions fondamentales quant à son développement et à la confiance qu’il mérite, ce dernier ne cesse de croître et de permettre à de nombreux projets ambitieux de naître. La centralisation initiale de cette crypto répondrait possiblement aux exigences requises, financières et techniques, pour faire fonctionner efficacement le réseau et éponger de grosses quantités de données sur sa couche de niveau 1 (layer 1).

Mais il est indispensable pour cette blockchain de s’émanciper de la Fondation Solana, car à terme le coût de fonctionnement d’un validateur doit diminuer. La popularité de Solana va potentiellement provoquer cette décentralisation, car sa demande importante et croissante permettra d’équilibrer la distribution des tokens.

Conclusion

La blockchain Solana et son token SOL ont de grands jours devant eux, ses performances techniques et son écosystème en pleine croissance font de ce réseau un acteur majeur de l’univers crypto et du projet de décentralisation qui l’accompagne. Elle n’en est qu’à ses premiers stades de développement, la réussite du projet réside dans la volonté réelle des développeurs à décentraliser cette blockchain. Si la présence active de son PDG sur les réseaux tend à nous faire penser que la Fondation Solana reste étroitement liée au fonctionnement de sa blockchain et à son adoption, le phénomène décentralisateur leur sera nécessairement bénéfique et indispensable pour concurrencer Ethereum et les nouveaux acteurs du Web 3.0.

Sources

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